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Dr Yves Doh (SGN sortant de l’AGEECI) : « L’AGEECI est une force de proposition et non d’opposition »

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Avant son départ de la tête de l’AGEECI, Yves Doh, secrétaire général national de cette organisation syndicale estudiantine et scolaire s’est ouvert à l’hebdomadaire L’Ecole. Ce qu’il pense de son mandat et de son combat, à la tête de l’AGEECI, ses conseils etc.

Monsieur le secrétaire général national (SGN), comment se porte l’AGEECI ?

Cher journaliste, il faut dire que l’AGEECI, notre instrument de lutte, dans l’ensemble se porte bien. Pour la réussite de son Vème  congrès ordinaire, ses bases sont au travail pour la mobilisation tout comme son Bureau Exécutif National (BEN) que je dirige.

Félicitation à vous en tant que nouveau Docteur. Désormais, c’est Docteur Yves Doh. Quel est votre état d’âme après avoir réussir avec brio à votre thèse de Doctorat ?

Disons un état de satisfécit total et surtout une fierté pour mon organisation. Car être syndicaliste et surtout secrétaire général national puis valider son Doctorat ; il n’y a que l’AGEECI pour le faire. Et pour ne pas extrapoler (rire), il n’y a qu’un certain Yves Doh, à être le premier à le faire de toute l’histoire du mouvement étudiant ivoirien jusque-là. Et j’espère que cela servira d’exemple à la jeune génération afin de débarrasser le stéréotype qui fait croire que les étudiants syndicalistes sont des bons à rien, qu’ils n’étudient pas, etc.

« Je pars avec une satisfaction mêlée d’amertume »

N’avez-vous pas l’impression que votre combat, en tant secrétaire général national de l’AGEECI est inachevé ?

Beuh, le combat syndical surtout estudiantin ne peut s’achever tant que des problèmes existent au niveau de l’école. Et donc, je dirai que je n’ai pas l’impression, mais plutôt, je sais que mon combat en tant que secrétaire général national n’est pas achevé. Mais je pense avoir fait l’essentiel pour l’amélioration des conditions de vie et d’étude des élèves et étudiants ivoiriens et en Côte d’Ivoire.

Avec votre titre de Docteur, vous devez partir de la tête de l’AGEECI en tant que SGN. Alors comment va se faire ce départ ? Par une AG extraordinaire, Une AG élective ?

Selon les statuts et règlement intérieur de notre organisation, en son article 12 du statut, c’est seul par un congrès ordinaire ou extraordinaire que le SGN dirigeant peut partir. Et dans mon cas précisément, il faut dire que mon mandat est à échéance donc c’est un congrès ordinaire qui précisons-le est en cours d’organisation pour les 19 et 20 mai prochain, ici à Abidjan.

Que dites-vous sur votre mandat ? Ou qu’avez-vous obtenu comme acquis durant votre mandat ?

Merci pour la question sommative ou je dirai question-bilan (rire). Alors, je dirai dans l’ensemble, je n’ai pas eu un mandat aussi simple que cela car le mandat a commencé avec une crise interne qui par la grâce de Dieu, nous avons pu gérer cela. Aussi, je commence mon mandat, en 2020, avec la pandémie du COVID-19 où l’école est complètement fermée, juste un jour après mon élection.

Dans ce cas, le premier combat est celui de lutter pour la réouverture des écoles non seulement, mais travailler pour une école zéro COVID-19. Et en la matière, vous verrez que l’AGEECI a été une des rares, pour ne pas dire la seule d’ailleurs à produire plus de déclaration sur l’école en période de COVID-19 et y sensibiliser sur le terrain la masse scolaire et estudiantine. Surtout appeler les autorités à faire face à cette couche sensible de la société qu’est les élèves et étudiants quant aux dons et autres.

« Mon conseil au ministre, c’est d’éviter que ce qui peut t’avaler te lape »

Par la suite comme l’un des acquis majeurs, la dématérialisation de tout système de paiement des préinscriptions et inscriptions, des bourses et secours financiers, etc.,  au niveau de l’école ivoirienne, aujourd’hui, est en grande partie due à la lutte que j’ai menée de concert avec certaines organisations qui ont épousé ma vision. Aujourd’hui, nous commençons à noter la disparition progressive du phénomène des congés anticipés.

Cela n’est pas fortuit car l’AGEECI sous moi, a fait des débats télévisés à la RTI1, 7 Info, Life Tv, etc., et des interviews dans les presses pour stigmatiser, situer les responsabilités d’abord avant de sensibiliser les élèves. Et aujourd’hui, le résultat est là. Aussi, même si cela n’est pas encore disponible, vous verrez que les années à venir l’enseignement professionnel et technique seront plus priorisés non seulement mais adaptés à nos réalités ivoiriennes car cela fut nos recommandations lors des EGENA. Et Dieu merci cela semble être compris et pris en compte.

Il y a tellement d’acquis que je préfère me limiter ici. Sinon même les décès en cascades dans nos universités et établissements secondaires aujourd’hui, vous ne verrez plus cela d’ici 5 voire 10 ans parce que nous avons fustigé et fait des propositions concrètes aux autorités en charge de l’éducation. Le cas de la fermeture de ces grandes écoles que j’ai qualifié de grandes écoles boutiques sur un plateau télé (rire) qui a choqué certes, mais vrai, etc. C’est cela aussi l’AGEECI ; une force de proposition et non d’opposition.

Quelles ont été vos difficultés ?

Je dirai que la plus grande difficulté fut celle de s’imposer aux autorités en charge de l’école par notre force de proposition afin de repositionner l’AGEECI sur l’échiquier syndical estudiantin ivoirien. Vous savez, comme je l’ai signifié, mon élection coïncide avec une dissidence où chaque parti parle au nom de l’AGEECI. Dans ce cas, les autorités refusent de nous recevoir.

Mais avec le travail et aussi le dialogue, j’ai fini non seulement par remettre l’AGEECI au niveau administratif mais je suis arrivé à faire taire la dissidence pour n’avoir qu’une seule voix de l’AGEECI que j’ai eu plaisir à porter durant ma mandature. Du reste, les difficultés structurelles, elles ont toujours existées et donc, j’ai en fait avec.

Que regrettez-vous de n’avoir pas pu faire ?

D’abord, l’une de mes satisfactions est que j’ai gardé la flamme active de l’AGEECI au niveau administratif et de la vie même ou disons l’existence de l’AGEECI. Je l’ai gardé active car de 2015 à 2020, elle avait quasiment disparu à cause de l’incarcération prolongée pendant 3 ans de son SGN et 4 de ces collaborateurs dont deux du BEN et deux militants de base. Cette situation a affecté profondément notre organisation à tel enseigne qu’elle tendait à disparaitre (Triste).

« Que tous les militants, anciens, devanciers et sympathisant-e-s de l’AGEECI soient mobilisés, les vendredi 19 et samedi 20 mai prochain au niveau de l’Institut Sacré Cœur d’Adjamé pour notre congrès électif »

Ce ne fut vraiment pas facile pour les militants restés sur terrain au nombre desquels notre nom pour ne pas dire engagement a laissé une marque indélébile, dans le cœur de tous nos militants d’alors. Et je dirai même que c’est ce qui a milité en notre faveur pour mon élection au congrès de 2020. Bref, ce que je regrette, c’est que je n’ai pas pu parfaire la mobilisation et remobilisation sur terrain des militants à l’AGEECI. Et cela, même n’étant plus SGN, je veillerai à ce que mon successeur y travaille.

Quels commentaires faites-vous des dernières violences dans les universités de FHB de Cocody, Nangui Abrogoua d’Abobo-Adjamé et Alassane Ouattara de Bouaké avec mort d’homme et coups et blessures ?

Il faut toujours continuer de sonner l’alarme d’alerte car le spectre de la violence congénitale à certaines organisations n’a pas totalement disparu. Et les autorités auront plutôt intérêt à donner les mêmes chances en moyens et accompagnement à toutes les organisations à caractère syndical ou non d’étudiant au lieu de nourrir un monstre qui va glottophagiser les autres organisations pour après les avaler, comme on l’a vu tout récemment. C’est mon conseil au Ministre car ce qui peut t’avaler, il faut éviter que ça te lape. (Rire)

Jusque-là l’on déplore le manque d’union entre les différentes organisations syndicales estudiantines. Alors que vous quittez vos camarades qu’est-ce que vous avez à leur suggérer ?

Alors comme on le dit haut, nous sommes en plein préparatif du Vème congrès ordinaire pour les 19 et 20 mai 2023. Et à ce niveau, je propose aux camarades de voter une motion d’unité et de solidarité dans l’action estudiantine, seul gage d’union entre les organisations d’étudiants.

Récemment la grève illimitée annoncée par la FESCI a permis d’avoir des acquis. L’AGEECI a-t-elle été associée à la réunion avec votre ministre de tutelle ? Qu’a-t-elle proposé au ministre Adama Diawara et à ses collaborateurs ?

Nous n’avons pas été associé, malheureusement. Mais les points de revendication qui ont fait objet de la grève avaient déjà été soulevés par l’AGEECI à travers des propositions de solutions consignés dans un mémorandum remis au ministre depuis lors. Mais comme l’AGEECI raisonne au lieu de résonner comme les autres, ça été mis au placard.

Et cela justifie ce que je disais peu haut, tant que des ministres prioriseront certaines organisations au détriment d’autres, la pacification totale du milieu scolaire et universitaire ne sera pas pour aujourd’hui, hélas ! On aura que des pacifications temporaires et le jour où ils refusent de bien nourrir leurs priorisés, ça donne ce que nous avons vu récemment.

Quittez-vous la tête de l’AGEECI avec satisfaction ou amertume ?

Une satisfaction mêlée d’amertume. Satisfaction pour le peu de travail abattu malgré les difficultés et amertume parce que c’est malheureusement une symphonie inachevée. Car j’avais envisagé faire deux mandats afin de repositionner définitivement l’AGEECI. Mais hélas que le nouveau titre ordonne qu’on libère le tabouret, pour parler comme l’autre. (Rire)

Vous faites partie du lot des Docteurs dont on connaît les problèmes ? Est-ce à dire que le combat continu ?

(Rire). Même si ce combat n’existait pas, notre enracinement et/ou formation syndical-e- ne pouvait accepter qu’on reste sans combattre pour la masse, après un militantisme estudiantin, sans faille, de 10 ans (2013-2023) où nous avons égrené tous les échelons jusqu’au plus haut niveau.

Vous savez, c’est aberrant et illusoire de voir un syndicaliste qui finit le mouvement étudiant et décide de ne se concentrer que sur sa petite vie au détriment de la lutte. Car, généralement, s’offre à nous 3 possibilités que sont le militantisme au niveau de la société civile, le syndicalisme socio-professionnel ou la politique. Donc un vrai syndicaliste estudiantin doit avoir toujours la fibre militantisme en lui. Car il est fait pour les autres. (Rire)

Avez-vous un appel particulier à lancer ?

Mon seul et unique appel est que tous les militants, anciens, devanciers et sympathisant-e-s de l’AGEECI soient mobilisés, les vendredi 19 et samedi 20 mai prochain, à Abidjan au niveau de l’Institut Sacré Cœur d’Adjamé, comme un seul homme pour le Vème Congrès ordinaire afin que l’AGEECI continue la marche qu’elle a entamée sous moi et mon équipe à qui je dis merci de m’avoir accompagné. Vive l’école ivoirienne, vive l’AGEECI. Je vous remercie !

Réalisée par : Benoît Kadjo

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