Parallèlement à l’importante rencontre de travail, le président de l’ALDLCI, Coulibaly Boubacar, a accepté de répondre aux questions des journalistes. Ci-dessous les questions-réponses.
Le gouvernement vient de publier la liste des fournitures pour la rentrée scolaire 2026-2027. Qu’est-ce que cette liste pourrait-elle apporter comme incidence sur vos activités pour cette rentrée scolaire ?
Dans un premier temps, nous saluons le gouvernement à travers le Ministère de l’Éducation nationale pour la décision assez forte avec l’énoncé de la circulaire sur la nouvelle liste des manuels scolaires. Nous sommes très contents par rapport à cette décision puisqu’elle fixe les titres en fonction des classes. Ainsi, le libraire n’est plus désorienté, y compris les élèves et les parents d’élèves.
Le seul problème, est que nous disposons d’assez de stocks. Dans la mesure où les années précédentes, il a été dit que les manuels scolaires avait une durée de vie de cinq ans. Pour ce faire, on a acheté plein de livres, on en a vendus, mais on dispose encore beaucoup d’invendus. Malheureusement, on constate que ces invendus ne figurent pas sur la liste officielle des manuels retenus pour la rentrée.
Nous ne savons pas pour le moment quelles dispositions l’État a pris par rapport à cela. Etant donné une marge importante de notre capital, si rien n’est fait, cela va porter un coup dur sur nos finances. Donc, nous faisons une doléance à travers les média afin que l’État comprenne cette situation. Par rapport à cette situation, nous avons adressé des courriers au ministère et nous espérons que monsieur le ministre prendra connaissance du contenu et prendra en compte les préoccupations des libraires.
La librairie fait partie d’un des éléments de la chaîne du livre. Un élément très important parce que nous sommes la porte de la chaîne du livre. Dans la mesure où la porte sert d’interface entre l’extérieur et l’intérieur. La librairie étant un élément essentiel, pour des décisions pareilles, il serait plus important que nous soyons consultés puisque nous sommes directement en contact avec les parents d’élèves et les élèves.
Le libraire et la librairie sont comme un baromètre puisque c’est nous qui passons les commandes. Lorsque les maisons d’édition sont soit en rupture, soit en difficulté, nous sommes les premiers à le ressentir et par ricochet les parents d’élèves. Avec la nouvelle décision du ministre, avec le nombre exponentiel des élèves et avec les différentes commandes passées, il faut dire qu’on n’est pas assez servi. On a peur qu’il ait des ruptures de stocks.
Au paravent, comment se prenaient ces décisions ? Est-ce que vous étiez consultés par le ministère pour le choix des livres à mettre dans le circuit de l’éducation ?
En principe, le gouvernement devrait nous contacter. Je pense que c’est un oubli. Raison pour laquelle nous profitons de l’opportunité pour un petit rappel. Il faut souligner qu’il y a eu plusieurs traités. Le traité de Nairobi par rapport à la chaîne du livre et plein d’autres choses qui ont été signées qui montrent la place prédominante et prépondérante de la librairie. Par conséquent, si une décision doit être prise, il serait plus intéressant que nous soyons contactés.
Au sortir de cette réunion, que voulez-vous qu’on retienne concrètement ?
Ce que l’on doit retenir, c’est pour dire que nous existons et nous sommes là. Grâce à la librairie, tous les enfants ivoiriens auront sinon ont toujours des manuels scolaires. Pour que cette librairie soit dynamique, il faudrait que l’État nous accompagne surtout par rapport à la gestion de nos stocks. C’est-à-dire les stocks invendus. La nouvelle décision nous tombe sur la tête. On a des stocks pour nous qui devraient aller au terme des cinq ans et voilà qu’on nous met face à une situation où ces invendus sont carrément écartés du programme. Figurez-vous qu’on a eu à solliciter des prêts bancaires, des engagements et une ardoise pas possible.
Le problème n’est-il pas aussi lié au fait que ces livres sont vendus dans certains pays limitrophes ?
Là, je n’ai aucune réponse.
Pour toutes ces personnes que vous avez conviées, quel est le message que vous comptez leur adresser ?
Toutes ces personnes que vous voyez, sont tous des libraires et nous avons tous les mêmes préoccupations qui tournent autour des stocks et de lisibilité. Il ne peut pas avoir de livres sans librairie, les deux faces d’une même pièce de monnaie. Un livre fort est égal à une librairie forte. Tous ceux qui sont là, c’est toute la Côte d’Ivoire, les représentants, les délégués de chaque ville du nord au sud, de l’est à l’ouest. Pour nous, c’est un cri du cœur, une doléance (on reconnaît l’action de l’État pour canaliser les livres en fonction des titres mais, nous souhaiterions que l’État tienne compte de nos énormes stocks sous la main.
Monsieur le président, à chaque rentrée scolaire, mon fils étant dans un établissement privé, on constate que l’école exige des livres et des cahiers. On nous aurait dit que c’est en complicité avec certains libraires. Comment gérez- vous ce problème ?
Comme je disais en l’entame de mes propos, aujourd’hui, on n’est pas venu pour indexer quiconque. Ce genre de comportement est assez partagé. Je ne dirai pas de nom mais, certaines maisons d’édition le font et certains libraires véreux le font également.
On a créé cette association pour lutter contre ce genre de pratiques. Quand vous regardez nos statuts et règlements, on a créé l’association en tenant compte des traités de l’OHADA par rapport à la loi sur le commerce. Qui doit faire le commerce et qui ne doit pas le faire ? En tenant compte aussi des obligations des fonctionnaires surtout, les articles 42 et 43 qui stipulent qu’un fonctionnaire ne doit pas faire d’activités lucratives.
Aussi, les écoles ou les enseignants qui s’adonnent à la vente des livres, une loi existe également. Pour que cette loi soit active, il faudrait qu’il ait quelqu’un pour dénoncer, il faudrait qu’il ait un plaignant. Nous avons un comité juridique. Dès qu’on est saisi, nous saisissons à notre tour le comité juridique pour constater puis transmettre les différentes plaintes ou à qui de droit qui est le ministère de la justice pour que nos droits soient respectés.
À la lumière de vos propos, l’on a l’impression que quand les décisions sont prises au niveau du ministère, vous n’êtes pas associés. Quelles stratégies attendez-vous mettre en place de sorte que dans le futur si des décisions aussi importantes concernant votre corporation sont prises, vous soyez associés ?
On adresse des courriers. L’État ayant un pouvoir régalien et avec ses démembrements qui est le Ministère de l’Education nationale, ils doivent nous aider afin que nous puissions leur donner nos expériences en matière de livres, la vente de livres et en matière de la diffusion efficace. Parce que l’État à travers le Ministère de l’Education nationale, l’école ivoirienne doit être dynamique. Elle ne le sera pas sans la contribution des libraires. Parce qu’on touche directement l’homme de bas-quartier, les personnes lambda et autres. Donc, on ne peut pas parler de la question du livre sans la librairie et les libraires.
Propos recueillis par Félix Yao