Interview / Justine Konan Bargain (Présidente de l’Ong AIDA) : « …chaque année, nous louons deux hectares de terre pour l’école de Nénékro-Konankro… »

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Justine Bargain est la présidente de l’ONG de droit français Aide internationale aux démunis africains (AIDA). Cette ONG a été désignée lauréate pour le financement de l’un de ses projets au profit des femmes rurales de la Sous-préfecture de Tiassalélors. C’était lors de la cérémonie annuelle de la Fondation Coallia-Stéphane Hessel-Institut de France, à Paris. En déplacement à Abidjan, elle a accordé une interview aux médias du groupe de presse GOVCom que sont justeinfos.net, ledemocrateplus.com et voixduplanteur.info et lecoleinfos.net pour expliquer comment s’est faite la désignation de son ONG. Elle parle également de l’avenir après cette honneur faite à l’ONG AIDA…

Madame la présidente, après l’effort, la récompense. En effet, vous venez de recevoir une subvention en France. Pouvez-vous dire davantage à nos lecteurs ?

C’est vrai que ça a été un honneur d’être reçue dans un endroit aussi prestigieux comme l’Institut de France. Il faut dire que l’Institut de France regroupe l’Académie française, l’Académie des sciences morales et politiques et c’est également là que se trouve la Fondation Coallia-Stéphane Hessel. Donc cet honneur fait à l’ONG AIDA vient de la Fondation Coallia-Stéphane Hessel. Comme vous l’avez dit dans votre question, après l’effort, c’est la récompense.

C’est un grand honneur d’être reçue dans un endroit aussi prestigieux et c’est un bonheur. Parce que pour AIDA qui est une petite ONG, c’est une consécration. En tout cas, AIDA ne s’attendait pas maintenant à être élue lauréate 2026 de ce prix de la Fondation Coallia-Stéphane Hessel. Nous n’étions pas seule. Il y avait plus e 350 dossiers, mais c’est notre dossier qui a attiré leur attention. C’était un appel d’offre.

Donc on ne pouvait pas s’imaginer que notre dossier retiendrait leur attention. Parce que l’ONG AIDA est jeune, nous débutons nos actions. Il y avait d’autres personnes qui ont été élues lauréates. Il avait 3 grands prix. Je ne pourrai pas vous citer les noms des ONG qui ont eu les prix. Et c’est AIDA qui a été élue lauréate. Il y avait 6 ONG. Les vainqueurs sont issues du Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire représentée par AIDA.

Quelles ont véritablement été vos premières impressions quand on a dit que c’est vous qui êtes lauréate ?

C’est de ne pas croire. J’avais reçu un message sur mon répondeur. Et pour moi c’était des arnaqueurs qui voulaient m’arnaquer. Et donc je ne croyais pas jusqu’à ce qu’on me demande d’aller voir dans mon email et qu’il y avait le grand chancelier qui allait m’adresser un courrier. Le grand chancelier c’est l’ancien ministre Xavier Darcos. Et c’est lui qui allait m’envoyer un courrier. Et donc j’ai dit que j’attendais de voir. Mais entre temps, j’ai appelé un grand monsieur qui travaille également avec AIDA.

Quand nous avons échangé, il m’a dit que c’était vrai. Personnellement, je n’avais pas fait de demandes. On se limitait à notre train-train quotidien. Et donc c’est lui qui m’a dit que c’était vrai. Et le lendemain, étant donné qu’il nous avait laissé un contact téléphonique, nous les avions appelés. C’est ainsi qu’ils ont confirmé que nous étions parmi les lauréats 2026 de la Fondation Coallia-Stéphane Hessel et que nous étions invités à Paris, à l’Institut de France pour la cérémonie de distinction. En ce moment-là, tu te dis waouh ! En fait, on a du mal à croire.

Pour vous dire vrai, on a du mal à croire quand on est une petite ONG comme la nôtre. On a du mal à croire que nous nous rendons à l’Institut de France parce que comme je vous l’ai dit, c’est un endroit prestigieux. Il faut le vivre pour croire. La cérémonie a regroupé de grandes personnalités. Il y avait de grands académiciens qui étaient aussi présents. Aller dans un tel endroit, moi, une fille de paysan, une ouvrière, être honorée, vraiment c’est grandiose et incroyable.

J’ai du mal à me réveiller. Pour moi, c’est comme un rêve. Il faut également dire que cette récompense est suivie d’un fonds pour soutenir notre projet d’installation d’unité de production semi-industrielle d’attiéké. Parce que c’est par rapport à ce projet que nous avons été parmi les lauréats. Aussi, il faut dire que cette année, AIDA a vraiment été honorée. Parce qu’avec la crise en Europe et en France, on s’était dit que les financements des ONG internationales seraient difficiles. Mais cette année a quand même été une année de bonheur pour nous.

Nous avons eu deux autres structures qui ont fait l’honneur de nous choisir aussi. Nous avons le soutien du Conseil régional de Bretagne et de l’Agence française du développement (AFD) via le FORIM. Ils ont été touchés par notre projet d’installation d’unité de production semi-industrielle d’attiéké. Ils nous ont apporté leur soutien. On a été vraiment gâté pour cette année.

Après cette distinction, aujourd’hui, quels sont vos priorités pour 2026 ?

Les personnalités présentes à la cérémonie.

Notre priorité cette année 2026, c’est de permettre aux femmes comme promis d’avoir accès à une unité de production semi-industrielle d’attiéké. Nous souhaitons faire l’installation de cette unité de production dans le mois d’août 2026 à Nénékro-Konankro, dans la Sous-préfecture de Tiassalé pour permettre aux femmes d’accroître leur production, pour qu’elles travaillent dans des conditions moins pénibles et surtout de développer une autonomie financière. Je le rappelle toujours, AIDA, ce n’est pas seulement Nénékro-Konankro. AIDA souhaite aider d’autres femmes d’autres villages, d’autres localités qui sont vraiment dans le besoin et travailler avec les coopératives qui sont déjà installées.

Ce sera un peu partout dans les localités où des besoins se font sentir. Parce qu’il y a des choses qui sont mises en place au niveau de la Côte d’Ivoire. Il y a des soutiens déjà. Mais en tant que fille ivoirienne, même si je vis en France depuis des années et que l’ONG AIDA est française, mais la présidente de AIDA est ivoirienne. Je suis fille de la Côte d’Ivoire et je suis fille de Tiassalé. C’est comme ça que j’essaie d’apporter un soutien à mes parents qui sont dans le besoin et un appui aux choses qui existent déjà.

Je ne dirai pas qu’il n’y a rien qui est fait. En tant que fils de la région et du pays, si chacun apporte sa pierre à l’édifice, nous pourrons ériger une cathédrale ensemble. C’est ce que j’essaie de faire. Qu’on ne dise pas que l’ONG AIDA est française etc. AIDA est tenue par une ivoirienne, fille de Tiassalé.

Madame la présidente, vous êtes en Côte d’Ivoire depuis quelques jours. Que vaut l’honneur de cette présence en terre ivoirienne étant donné que vous êtes domiciliée en France ?

A chaque fois que je viens en Côte d’Ivoire, parce qu’il faut dire que j’ai aussi une vie en France, je suis contrôleuse dans une entreprise. J’ai une vie là-bas. Depuis plus de 20 ans je travaille dans cette entreprise là-bas. Bien vrai que j’ai ma famille ici, mais quand j’arrive en Côte d’Ivoire, ce n’est pas dans le cadre des vacances. Parce que quand on est présidente d’une ONG, on n’a pas de vie privée, on n’a pas de vacances. Une fois de plus, ma venue en Côte d’Ivoire se situe dans le cadre du travail pour l’ONG. Comment on va travailler avec des partenaires, je suis venue voir comment nous pouvons installer les machines pour l’unité de production semi-industrielle d’attiéké.

Il faut bien préciser que AIDA a un partenaire qui est la FEFAB regroupant les femmes agricultrices. Elles sont nos partenaires et c’est avec elles que nous allons travailler. Et donc je suis venue voir comment nous allons acquérir les machines, comment on peut installer, où on va installer, comment on peut démarrer le projet à partir du mois d’août 2026. Nous avons déjà eu des rencontres avec les différentes femmes des différents campements, villages. Nous avons discuté de comment nous allons travailler ensemble. Parce que comme je le dis, c’est leur projet à elles.

AIDA vient les soutenir avec du matériel. C’est à elles de voir comment elles peuvent se sentir à l’aise pour travailler. Et puis, il ne suffit pas de produire. Il faut chercher des acheteurs, voir comment écouler la production. Donc nous lançons déjà un appel à des personnes qui souhaiteraient commander de l’attiéké ou du placali de ces femmes de Konankro. Je suis venue les accompagner à mettre tout cela en place.

Vous savez les femmes agricultrices, parfois, ce sont des femmes qui n’ont pas confiances en elles. C’est un projet qui est nouveau pour elles. Il faut les rassurer, il faut leur apprendre comment faire. Aussi, c’est de voir avec des coopératives existantes qui produisent de l’attiéké, d’échanger avec elles, de voir comment elles travaillent pour qu’on puisse travailler en partenariat.

La photo de famille avec les personnalité de l’Institut de France et de la Fondation Coallia-Stéphane Hessel.

L’ONG AIDA c’est un combat pour le mieux être des femmes agricultrices, pour la scolarisation des enfants des campagnes, pour le soutien aux enfants malades de cancer etc. Comment évoluent tous ces combats ?

Par rapport aux enfants, ça se passe bien. Mais le besoin est grand. Comme je le dit, AIDA va un peu partout. Comme je suis en Europe, dès qu’il y a des ouvertures de fonds, pour des projets concernant l’éducation, l’agriculture, la santé, je saisis cela. Je me dis aussi qu’on peut avoir des partenaires ici en Côte d’Ivoire et des personnes qui peuvent soutenir des projets sur l’éducation, l’agriculture et la santé.

Vous avez vu, en décembre 2025, nous avons fait un arbre de Noël avec plus de 2000 enfant des campagnes, nous avons soutenu des parents des enfants atteints de cancer avec des produits de première nécessité au CHU de Treichville et à l’hôpital Mère-enfant de Bingerville. Par rapport à l’école, nous avons toujours le soutien de notre maire de Tiassalé. Il y a un projet de construction de bâtiments qui est en cours. Parce que les classes que nous avons construites à Nénékro-Konankro sont en bois.

Notre souhait est que nos enfants soient dans de jolies classes pour mieux apprendre. Et ce projet est en cours. Actuellement nous nous concentrons sur l’agriculture pour que les parents soient autonomes financièrement pour soutenir leurs enfants et l’éducation de leurs enfants. Il faut dire que AIDA loue 2 hectares de terre au profit des enfants de Nénékro-Konankro. Nous avons demandé aux parents d’y planter ce qu’ils veulent pour pouvoir soutenir l’école. Parce que, certes AIDA est là, mais il faut qu’ils soient impliqués et assument des responsabilités.

C’est pour cela que chaque année, nous louons deux hectares de terre pour l’école et c’est à eux de planter ce qu’ils veulent. A ce que je sache, cette année, ils ont fait une belle récolte. Cela leur permettra d’investir aussi dans l’école en attendant que nous puissions construire des classes en dur pour les enfants. Nous avons des promesses et nous attendons toujours que ces promesses soient honorées.

Quelles sont les difficultés majeures d’AIDA aujourd’hui ?

Les difficultés, ce sont d’abord, les bénéficiaires que nous soutenons. L’esprit africain et l’esprit européen, la manière de travailler diffère. Il faut toujours expliquer, il faut toujours que les premiers acteurs soient impliqués. Ce n’est pas parce qu’on vient vous aider que vous devez rester là à tout attendre. Il faut que chacun apporte du sien afin que nous puissions avancer et pour que les projets réussissent.

Aussi, les difficultés c’est que c’est que nous venons d’ailleurs mais comme je le dirai toujours, je suis ivoirienne, je suis fille de la Côte d’Ivoire, je suis fille de Tiassalé. A cet effet, on aimerait bien que certaines personnes, certains cadres à qui nous nous adressons puissent soutenir les projets. Que la réalisation du projet ne soit pas qu’à la charge d’AIDA.  C’est vrai qu’en tant qu’AIDA, nous venons. Mais nous venons pour soutenir nos enfants, nos parents et autres. Donc il n’y a pas de raison que d’autres entités ne nous soutiennent pas.

On aimerait qu’il y ait de la complémentarité, comme ça ensemble on pourrait faire des choses grandioses. Que ce soit à Tiassalé et que ce soit ailleurs, si AIDA apporte un peu, il doit avoir une solidarité des autres cadres. Je viens en tant que présidente d’AIDA mais je suis là aussi en tant que fille de cette zone, ou bien fille ivoirienne, voyez-vous ?

Je viens en tant qu’une ONG française avec les fonds mais j’accompagne mes parents en tant qu’ivoirienne, en tant que fille de la région. Donc je souhaiterais que les cadres vers qui nous allons, à qui nous demandons de l’aide, s’ils le peuvent, qu’ils puissent s’approprier le projet pour que ça puisse réussir. Nous avons besoin de nous unir.

Avez-vous un message particulier à lancer ?

Je voudrais dire simplement qu’on nous simplifie les choses. Que les cadres des localités dans lesquelles nous intervenons puissent nous soutenir. C’est vrai que pour le moment nous sommes à Nénékro-Konankro, mais que les cadres puissent nous soutenir afin qu’ensemble nous puissions travailler pour atteindre de bons résultats. AIDA ne cherche pas de titre ni de nom. Nous, c’est pour soutenir nos enfants, nos petits frères, nos mamans et nos sœurs qui ont besoin d’aide. Ce n’est pas parce qu’AIDA vient avec des fonds de l’Europe qu’ils ne peuvent pas nous soutenir.

Je voudrais dire qu’AIDA ne cherche pas à se faire voir. Ce n’est pas du tout ça. Je n’ai pas l’intention d’abandonner ceux qui sont démunis, qui sont dans le besoin. AIDA fera ce qu’elle peut. Mais nous demandons aussi aux personnes, aux cadres qui ont les moyens de soutenir également les actions de AIDA qui est d’accompagner les femmes et les enfants et les enfants malades. C’est tout ce que nous leur demandons.

Aussi je voudrais dire merci à tous ces bénévoles d’ici et d’ailleurs, aux cadres qui nous accompagnent, aux chefs de villages qui sont à nos côtés lorsque nous organisons nos activités. Je n’oublie pas de dire merci à la Fondation Coallia-Stéphane Hessel, sans oublier les autres partenaires et dire merci à la presse qui nous suit et qui rend visible nos activités ce qui permet aux grandes structures de voir ce que nous faisons et nous viennent en aide. Vraiment merci à tous !

Réalisée par Benoît Kadjo

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