Grossesse en cours de scolarité : Le cas du Hambol

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La lutte contre les grossesses en milieu scolaire ou la lutte contre les grossesses en cours de scolarité reste et demeure une bataille de titan. Ce phénomène refuse de disparaître de sitôt. Ce, malgré l’effort du gouvernement et du Ministère de tutelle qui ne lésine pas sur les moyens pour sensibiliser et trouver des solutions adéquates et durables contre ces grossesses prématurées dont sont victimes les élèves filles dans le primaire et le secondaire.

Dans une vidéo de RTI Info qui a réalisé un reportage sur ce fléau en milieu scolaire, c’est la région du Hombol, dans le nord ivoirien, qui aujourd’hui constitue la zone d’attraction. « Des élèves enceintes, c’est une image qu’on voit de plus en plus dans les établissements primaires et secondaires de la Région malgré les risques que cela comporte. Ces jeunes filles voient leurs performances baisser et d’autres sont obligées de mettre fin à leurs études sous le poids de la grossesse et ses complications. Des élèves pères, on en trouve aussi dans ces établissements. Ils sont contraints d’allier études et responsabilités parentales », indique en introduction ce reportage qui a été réalisé par Bintou Pékélé et Gilles Thonnyen. Ceux-ci ont fait le point en sillonnant la Région du Hambol. La ville de Boniérédougou est l’une des villes d’attraction pour la propagation des grossesses en cours de scolarité. Dans cette seule ville du Hambol, l’on enregistre, selon les confrères de RTI Info, 32 cas de grossesse pour le premier semestre 2020-2021 avec 25 accouchements dans les mois de janvier et février 2021. Dans la ville de Tortiya, ils ont plutôt enregistré un seul cas de grossesse dans une école primaire. Dans la ville de Katiola, chef-lieu de département, le Lycée Gaston Ouassenan Koné a, lui seul, enregistré 26 cas de grossesses, précisent nos confrères. En somme, dans cette région sillonnée par nos confrères, ce sont 80 cas de grossesses qu’ils ont énuméré lors de leur reportage pour le premier semestre 2020-2021. Concernant les auteurs de ces grossesses, les auteurs identifiés sont les hommes de petits métiers et les élèves garçons. Les professeurs ou instituteurs ont été épargnés. Car aujourd’hui, il existe un arrêté qui sanctionne les enseignants auteurs de grossesses d’une fille élève en cours de scolarité. Faut-il reconnaitre que les raisons de ces grossesses sont plus ou moins connues. Il s’agit, entre autres, du manque de tuteurs, de la situation de précarité des élèves et de leurs géniteurs, le manque de logements,  logements des élèves filles et garçons dans le même appartement de fortune etc. Pour avoir une idée de la question des grossesses en cours de scolarité, nos confrères de RTI Info ont fait le point des années scolaires 2017-2018 à 2019-2020 dans le Hambol. Il ressort de ce bilan qu’en 2017-2018, cette région a enregistré 102 cas de grossesses d’élèves filles contre 73 cas de grossesses en 2018-2019 pour 104 cas de grossesses en 2019-2020. Pour ce qui est du chiffre national sur ce fléau qui continue de hanter le milieu éducatif ivoirien, il faut retenir que de 2013 à 2018, selon nos confrères de RTI Info, le pays a été victime de 20 750 cas de grossesses en cours de scolarité de jeunes filles élèves au niveau du Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, sur le territoire national.

Le plan de lutte du Ministère de l’Education nationale

A en croire nos confrères de RTI info, le Ministère de tutelle qu’est le Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (Menetfp) ne baisse pas les bras. Pour ce faire, la ministre Kandia et ses collaborateurs ont créé la Direction de l’Egalité et de l’Equité du Genre (DEEG) dont le siège est à Abidjan-Plateau. Cette Direction, dirigée par Mme Marie Véronique Bakayoko, dit avoir introduit dans le programme pédagogique national des leçons de vie pour apprendre à l’enfant à dire non. Avec l’UNFPA, la DEEG dit avoir mis sur pied un programme de lutte contre les grossesses en cours de scolarité. Il y a également la mise en place de la Stratégie nationale de réintégration des filles mères. Sans oublier l’élaboration d’un protocole de prise en charge de ces jeunes filles mères. Toujours dans les perspectives de cette lutte, il est prévu la construction de 7 lycées de jeunes filles avec internats. Selon Mme Marie Véronique Bakayoko, cette dernière initiative est à l’étape de projet. Arriverons-nous à vaincre ce fléau qui constitue souvent l’un des freins à la promotion du genre en milieu scolaire ? En tout cas, tant qu’il n’aura pas de programme clair sur l’Education sexuelle dans le programme scolaire, tant qu’il n’y aura pas assez d’école de proximité et surtout des parents capables de s’occuper convenablement de leurs enfants à cause de la pauvreté, la lutte risque d’être encore très longue et fastidieuse.  

Benoît Kadjo

Info : RTI Info